On est jeudi.
J’ai déjà bossé quelques jours sur mon sprint et, en regardant mon Kanban, je tombe sur cette tâche que je n’ai pas du tout avancée.
Plus j’y pense, plus je trouve que c’est un bourbier.
Au départ, elle me semblait claire. Mais maintenant que je commence à comprendre tout ce qu’il y a derrière, je sais déjà qu’elle ne sera pas terminée vendredi.
Du coup, qu’est-ce que je fais ? J’abandonne ?
Évidemment que non. 😉
Je pourrais simplement déplacer la tâche à la semaine prochaine. Mais ce serait surtout refiler la patate chaude à mon moi du futur. Lundi, je retrouverais exactement le même sujet, toujours aussi gros et toujours aussi mal cadré.
À la place, je vais essayer de le découper !
Et pour ça, j’utilise quelque chose que nous n’avions pas aussi facilement avant : une I.A avec laquelle je peux réfléchir à voix haute.
Dans l’épisode du mercredi, j’acceptais déjà de réduire la journée. Le jeudi, je fais la même chose avec la taille d’une tâche.
On évalue souvent mal la taille réelle d’une tâche
Bien souvent, on se fixe un objectif sans connaître précisément tout le travail nécessaire pour l’atteindre. Et c’est OK ! C’est le lot du quotidien : il y a toujours une part d’inconnu.
Une tâche qui paraissait raisonnable lundi peut révéler trois jours plus tard plusieurs problèmes différents :
- une information qui manque ;
- une dépendance envers quelqu’un d’autre ;
- plusieurs phases que l’on avait regroupées sous le même titre ;
- ou simplement un travail de fond qui demande plus d’énergie que prévu.
C’est le genre de problème que beaucoup d’équipes de développement traitent en reprenant un gros sujet, en cherchant ce qu’il contient réellement, puis en le transformant en morceaux plus clairs. Le problème, quand tu travailles seul, c’est qu’il n’y a pas forcément un collègue disponible pour t’aider à dérouler tout ça. Alors je vais créer cette discussion autrement.
Je lance un audio et je balance tout
L’idée qui m’a donné envie d’écrire cet article est assez simple : je lance un audio et je raconte tout ce que j’ai en tête sur le sujet.
Je ne cherche pas immédiatement à être clair ou bien organisé.
Parce que le blocage ne vient pas toujours uniquement de la tâche. Peut-être qu’une urgence est arrivée. Peut-être qu’il y a un sujet à gérer à la maison. Peut-être que je suis fatigué. Ou peut-être que je n’ai simplement pas la tête à partir sur trois heures de travail de fond.
Tout ce contexte n’apparaît pas forcément dans mon Kanban. Pourtant, il change complètement ce que je peux réellement faire avant la fin de la semaine.
Le résultat de mon audio peut être un joyeux bazar. Mais c’est aussi le but : ne pas se mettre de friction inutile.
Je parle comme je parlerais à un collègue à la machine à café. Je sors le problème de ma tête avant d’essayer de l’organiser.
Concrètement, j’explique :
- pourquoi je dois réaliser cette tâche ;
- pourquoi je n’ai pas commencé ;
- ce qui me bloque ;
- quelles dépendances j’ai déjà identifiées ;
- si je vois plusieurs phases possibles ;
- et ce qui se passe autour de moi au moment où j’essaie de m’y mettre.
Une réunion Notion avec moi-même
Il y a plusieurs manières de faire, concrètement.
La version la plus propre, de mon point de vue, consiste carrément à créer une réunion dans Notion où je serai le seul participant.
Si tu as accès aux notes de réunion avec transcription dans Notion, tu peux lancer la prise de notes, parler, puis conserver la transcription avec le reste du contexte de ton activité.
J’ai déjà expliqué comment j’utilise Notion pour mes réunions. Ici, je ne cherche pas à produire un beau compte rendu. La transcription me sert surtout de matière brute pour réfléchir.
Je peux ensuite demander à Notion AI de l’analyser, ou la faire lire par Codex ou Claude.
L’autre possibilité consiste à ouvrir une conversation vocale directement dans Codex. C’est moins propre pour conserver l’historique dans Notion, mais l’échange est plus fluide puisque tout arrive directement dans la conversation.
Personnellement, je pense qu’il faut essayer les deux méthodes. Elles sont toutes les deux valides, selon la situation.
Notion est pratique lorsque tu veux garder une trace bien rangée. Codex est pratique lorsque tu veux poursuivre immédiatement la discussion et ajuster le résultat au fil de l’eau.
Je demande à l’I.A de trouver les petits problèmes cachés dans le gros
Une fois que tout est sorti, je peux demander quelque chose comme :
Ce que je demande à l’I.A
Relis cette réflexion et aide-moi à comprendre pourquoi cette tâche n’avance pas. Sépare les contraintes réelles, les décisions encore floues et les dépendances. Pose-moi des questions si une information te manque. Ensuite, découpe le sujet en petites étapes et propose-moi une seule partie utile que je peux terminer cette semaine.
L’objectif n’est pas que l’I.A me motive ou me dise que tout va bien se passer.
Je veux qu’elle remette de l’ordre dans ce que je viens de raconter.
Elle peut remarquer que je cherche à commencer la production alors qu’une décision préalable n’a pas été prise. Elle peut faire ressortir une dépendance que j’avais évoquée sans vraiment la considérer. Elle peut aussi repérer que ma tâche contient en réalité plusieurs résultats différents.
À partir de là, le gros sujet commence à se morceler.
La tâche ne devient pas miraculeusement plus petite. Le travail existe toujours. Mais le chemin devient plus lisible et je sais ce que je peux encore faire cette semaine.
La première proposition de l’I.A peut être à côté de la plaque. Ce n’est pas grave. Je précise le contexte, je corrige ce qu’elle a mal compris et je lui demande une nouvelle décomposition.
Au bout de quelques échanges, c’est moi qui tranche : ce que je garde dans le sprint, ce que je reporte à la semaine suivante et ce qui dépend encore d’une décision ou de quelqu’un d’autre.
Une fois ce choix validé, je peux demander à Codex de mettre à jour mon Kanban. Pas avant.
Et surtout, je n’ai plus besoin de résoudre tout le problème avant vendredi. Je dois simplement choisir le premier morceau réellement utile.
Je ne termine pas tout, mais je fais réellement avancer le sujet
À la fin de l’exercice, ma grosse tâche n’est toujours pas terminée.
Mais elle ne ressemble plus à un énorme bloc posé au milieu de ma to-do list.
J’ai une petite action claire que je peux vraiment réaliser. Je sais ce qui viendra ensuite. Et je ne vais pas passer mon vendredi à regarder la même tâche en me demandant encore par quoi commencer.
Terminer ce petit morceau m’apporte aussi une satisfaction très concrète : je n’ai pas tout fait, mais j’ai réellement avancé. Et ça enlève déjà pas mal de poids !
C’est ça, l’intérêt de l’exercice. On pourrait aussi simplement se dire que c’est pas bien grave, après tout : quelle importance de finir la tâche demain ou mardi ?
Et pourtant, se forcer à faire avancer ce qu’on a commencé, ça nous oblige à prioriser et à découper le travail en tâches plus mesurables.
Si tu regardes ta propre to-do list :